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mardi 2 décembre 2014

(José) Luis Baliño: "Il faut parfaitement cultiver l'arbre et être patient"

C'est dans le cadre du Bonsaï San Show 2013, à Saulieu, que j'avais eu l'occasion de partager un moment privilégier avec Luis Baliño, et son compère Jorge Campos. Son interview retranscrite pour Esprit-Bonsaï a eu les honneurs de la couverture n° 73. Je vous en livre le texte ici; l'article original est à découvrir en image dans ce numéro 73 de décembre-janvier 2015

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Patience et précision: José Luis Baliño
« Un espagnol discret à l'âme d'horloger suisse. »


Son nom vous dira peut-être quelque chose si vous êtes abonné aux grandes expositions européennes. Ou alors  vous avez comptabilisé au fil des numéros d'Esprit Bonsaï les nombreux prix que les arbres de ce galicien ont remportés ces dernières années. Pour ma part, c'est en 2011, que je retiens pour la première fois le nom de Luis Baliño (comme il se fait appeler) : il est alors le propriétaire du magnifique pin lauréat du Noelanders Trophy.
Peu de monde sait que cet pin mugo est originaire des Alpes suisses. C'est à l'occasion d'une amicale rencontre à Saulieu en octobre 2013 que cette histoire sera l'occasion de découvrir un homme aussi patient que perfectionniste. Tout à son calme, un peu taiseux, il laisse

http://www.esprit-bonsai.com/magazine/magazines-papier-a-l-unite/3265-esprit-bonsai-n-073.html#menu_centreUne rencontre qui dure...
Luis Baliño: "Nous avions vu ce pin lors d'une démo faite par un allemand au Ginkgo Award. J'ai été impressionné, mais je n'étais pas d'accord avec le choix de la face. A la fin du travail, je ne comprenais pas pourquoi, cette face avait été choisie. Dans les années qui ont suivi, à chacun de mes passages chez Dany Use, j'ai revu cet arbre. Nous avons parlé avec Jorge, nous l'avons regardé, et regardé encore. Cet arbre vient de Suisse: il y a un endroit près de Sankt-Anton, je crois, un endroit unique où les pins mugo ont des aiguilles très courtes. C'est Jean-Paul Polmans qui l'y a prélevé.
Pendant 7 ans, nous avons regretté qu'il n'aie pas été formé autrement. Finalement, après avoir beaucoup discuté avec Danny, je l'ai acheté. Nous l'avons amené en Galice, où le climat lui a très bien convenu. Nous en avons pris soin pendant 6 ans pour le renforcer, changer la face, re-travailler le shari et refaire la mise en forme.
Après avoir beaucoup attendu nous l'avons présenté: il a gagné un prix au Noelanders Trophy et chez Mistral Bonsaï la même année."

L'espagnol explique qu'il a fallu beaucoup de patience et de perfectionnisme pour aboutir la création de cet arbre, jusqu'au choix du pot il y a trois ans; et aux soins prodigués, aujourd'hui, pour préparer le futur. A l'écouter, on entend presque le temps qui passe, on ressent le soin parcimonieux porté au bon moment, au rythme de l'arbre. Et s'il avait hérité de cet arbre suisse, les valeurs des horlogers helvètes... Patience et précision.

En Europe, nous ne savons rien
Pour comprendre son mode de travail, je pose l'hypothèse d'un "style espagnol"; s'y reconnait-il? Après réflexion, il me dit que non: pour lui, il n'y a pas d'école espagnole ou française, ou même européenne... Pour illustrer, il raconte les voyages chez Danny Use pour suivre les cours de Takeo Kawabe, avec son compère Campos. La chose la plus importante qu'il y a apprise est qu'en Europe, nous ne savons encore rien du Bonsaï. Malgré les prix accumulés dans les expositions espagnoles, les arbres ne passent pas l'examen exigeant du maître nippon: il y a tant à corriger, à affiner, à améliorer... Il fallait encore tout apprendre des japonais.

Luis reconnait en Kawabe - en les japonais plus généralement - sa source d'inspiration. C'est en 2001, lors d'un congrès à Munich, qu'il découvre le fossé entre ce qu'il voit en Europe et ce qu'on fait au Japon. Depuis, il a voyagé plusieurs fois au Pays du Soleil Levant, pour s'y inspirer, et surtout y prendre des claques. Il le résume ainsi: "Nous y allons pour apprendre; et comprendre que nous n'avons pas de quoi être fiers de ce que nous avons dans nos jardins!" Je découvre avec stupeur, le niveau d'exigence, que ce perfectionniste s'impose...

"On ne peut pas cultiver tous les arbres au bord de la mer"
Il revient sur la question de l'influence culturelle ou nationale sur la pratique du bonsaï pour dire que, pour lui, finalement, il n'y a qu'une seule école: celle de la provenance et de la nature de l'arbre. Il faut respecter cette origine: il voit beaucoup de pins sylvestres en Espagne et davantage de pins mugo dans les Alpes. Ces différentes espèces ont leurs propres caractéristiques: le mugo a beaucoup de bois de mort et un caractère fort; alors il faut le travailler dans un esprit dramatique et montrer les bois morts. Alors que le sylvestre est délicat et plus subtil; il faut donc jouer avec son mouvement, mettre en évidence son élégance. Même réflexion du point de vue horticole: selon l'endroit où l'on vit, selon le climat, il ne sera possible d'élever que certaines espèces dans de bonnes conditions. Il donne pour exemple ses nombreux amis à Palma qui aiment les ifs, et désespèrent de les voir jaunir dans la fournaise des étés majorquins. Et à ses amis belges qui lui demandent le secret de la qualité des oliviers espagnols, il répond: "le soleil!" Après un rire complice avec son ami Campos, il ajoute sérieusement: "On ne peut pas faire le contraire de ce que la nature veut."


Le secret d'un arbre gagnant
Son approche très pragmatique me pousse à lui demander comment alors il parvient à présenter des arbres qui remportent des prix! Je presse notre introverti pour qu''il nous confie son secret! Sa réponse est à l'image de sa bonhommie: "Tu dois être patient." Et il reprend comme un sage qui enseigne au novice: il faut parfaitement cultiver l'arbre et être patient. Le secret d'un arbre gagnant, c'est un arbre qui est fini lorsqu'il arrive à l'exposition. Cela n'a rien à voir avec un arbre que l'on rempote juste avant de l’exposer et que l'on présente ainsi. Il revendique cette exigence envers lui même pour tous les détails; il insiste par exemple aussi sur l'importance du pot. Et explique qu'il met à contribution tous ces amis de bonsaï pour trouver le pot qui conviendra, ici, au Japon, partout, où qu'il soit... Pour l'exemple, il revient sur le pin qui a gagné au Noelanders Trophy et chez Mistral Bonsaï la même année en 2011: il a été présenté dans un pot que Marco Invernizzi a ramené personnellement du Japon dans sa valise!
Perfectionniste, vous disiez? Luis en rajoute une couche: en expliquant que l'arbre en question a maintenant été rempoté dans un pot plus grand pour parfaire son état et le raffiner... Le but est de le présenter à nouveau dans 5 ans; et remporter un prix. A nouveau! Perfectionniste et patient: nous y revoilà...

Du pragmatisme à la sensibilité
L'interview se prolonge et je peine à atteindre le coeur de cet ibère calme et réservé. Je ne peux me satisfaire de ses excellents conseils de rigueur et de patience, et me hasarde à une comparaison entre un pin et un if exposés à côté.
Leur mise en forme est à l'image de la leçon: précis et aboutis comme des arbres japonais. Pourtant, leur posture est si différente: l'une d'une élégance néanmoins naturelle malgré sa rigueur; l'autre puissante et impressionnante pour une cascade... Je lui fait remarquer qu'il devait être dans des humeurs bien différentes lorsqu'il a formé ses arbres, espérant l'entendre se laisser aller dans plus de sensibilité. Il répondra avec une délicate précision, encore: "Je fais ce que l'arbre demande, je suis l'humeur de l'arbre. Ce n'est pas mon humeur dans l'arbre, je suis l'humeur de l'arbre"! Puisque l'homme parle de lui; je rebondis en lui faisant remarquer, pour le pin, ce sentiment de naturel malgré la perfection presque mécanique de la mise en place du feuillage. Vient-il de cette branche basse? Il explique alors que cet arbre a été présenté neuf ans auparavant à Madrid et y a gagné un prix. Sa forme a changé car il a perdu deux branches, mais toujours, on lui a demandé "Pourquoi tu ne coupes pas la branche basse?" Il a invariablement répondu qu'il la couperait le jour on arrêterait de lui poser la question. Et ponctue sa leçon d'un rire malin...
Image du pin Madrid et Saulieu
Dois-je préciser qu'à un autre moment, l'homme explique, très sérieux "J'écoute tout le monde qui a quelques chose à dire à propos de mes arbres car tous peuvent apporter quelque chose d’important; mais, ensuite, je fais ce que je veux!»

Et de conclure "Mais ce qui est important c'est d'affiner, de refaire, de densifier, de corriger... et être patient."

A bon entendeur!





"C'est à cause d'Iberia que je fais du bonsaï!"
Dans un grand rire, Luis explique ce qui l'a mené au bonsaï:" C'est grâce aux retards réguliers des vols d'Iberia que je fais du bonsaï. Comme les vols domestiques avaient 1, 2, 3, parfois 5 heures de retard, je lisais plein de magazines dans les aéroports. Je vis à la campagne: j'aime la nature, le jardinage... et j'ai découvert les magazines de Bonsaï. Un jour j'ai appelé l'éditeur pour lui demander si on pouvait apprendre le bonsaï en Espagne; chez qui. Quelques semaines plus tard, j'ai voyagé de ma campagne de Galice, jusqu'à Barcelone - 1250 km - chez un professionnel qui donnait des cours: Sebastián Fernández. Je suis resté une semaine chez lui pour apprendre les bases (ligatures, rempotages, mise en forme). De retour, chez moi, j' ai commencé avec mon premier arbre. Je le conserve encore aujourd'hui... certains visiteurs de mon jardin sont surpris face à cet arbre; je leur explique que c'est le premier. C'était il y a 24 ans, en 1989..."



"comme larrons en foire"
J'interpelle Jorge, notre interprète du jour: "Jorge, quand tu traduis, tu dis souvent "nous"... vous paraissez très proches...
Luis réagit: "oui, mais nous n'avons jamais dormi ensemble!" (Eclats de rire)
Jorge: «Enfin! pas dans le même lit!» (Les compères s’embarquent dans un fou rire joyeux)
Jorge (qui finit de rire): "oui, nous sommes très amis depuis notre rencontre dans une exposition en 1998. J’avais entendu qu'il avait des beaux arbres, et je lui ai rendu visite. J'étais surtout intéressé à lui acheter des yamadoris. J'ai alors découvert ses pins et ses ifs...  Et depuis, nous faisons tout ensemble: nous voyageons en Espagne, en Italie, dans toute l'Europe, pour y exposer et rencontrer nos amis, nous sommes amis avec tout le monde! En France aussi, nous visitons Thierry Font, Alain Arnaud, Patrice Bongrand, et François Jeker qui nous invite pour son exposition Euro Top 30 en octobre prochain."
(NLDR: à noter que Luis et Jorge seront hôtes d'honneur au Bonsaï San Show à Saulieu cet automne.)


son ami de longue date, Jorge Campos, faire l'interprète de cette histoire.

jeudi 15 août 2013

Chiharu Imai: Il faut connaître la raison du geste

Dans le cadre de l'exposition 2013 de l'EBA - European Bonsaï Association - j'ai eu la chance de pouvoir interviewer le maître japonais Chiharu Imai. Au Japon il est connu pour avoir préparer plus d'une centaine d'arbres à la plus réputée des expostions au monde, la Kokufu-ten. L'article original est à découvrir avec les photos dans le n°65 d'Esprit-Bonsaï.

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Chiharu Imai
« Il faut connaître la raison du geste »

Sans être une grande célébrité du bonsaï, Chiharu Imai n’en est pas moins talentueux. Il a cela de particulier qu’il travaille dans le respect de l’arbre, même en démonstration. Le geste doit avoir un sens, qu’il explique.

http://www.esprit-bonsai.fr/
Chiharu Imai : ce nom ne vous dira peut-être rien ; ce n’est pas très étonnant, ce Japonais n’est pas encore très connu en Europe. Il est vrai qu’il est plus jeune que les stars historiques du bonsaï, et qu’il n’est pas non plus issu d’une dynastie de pépiniéristes. Pourtant, il fait son chemin entre ses maîtres et ceux qu’il appelle « la nouvelle génération». Il développe un style propre qu’un ancien de ses apprentis, Daiki Abe – petit-fils du célèbre Kurakichi Abe –, situe entre le «Tokyo style»* et un style cher à d’autres artistes qui cherchent à mettre en valeur les espaces vides.
Ce jeune professionnel de grande lignée, qu’est Daiki Abe, porte un regard respectueux sur son aîné qu’il considère comme un grand technicien capable de beaucoup de finesse dans son travail.
Avant d’interviewer Chiharu Imai, la démonstration qu’il a tenu pour l’EBA (European Bonsaï Association) à Audincourt en mars passé, était donc le moment idéal pour s’imprégner de son travail minutieux et de sa solide pédagogie. Ces qualités, le professionnel les y a exprimées en travaillant deux pins sylvestres.

Respect et finesse
D’emblée sur le premier arbre, Imai hésite. Il prend beaucoup de temps à inspecter une végétation déportée sur les extrémités de longues branches fines, pour conclure qu’elle n’est pas prête pour une mise en forme. En bon pédagogue, c’est sur une branche à peine coupée et ligaturée qu’il explique avec précision ce qu’il aurait aimé faire : mettre en place chacune des branches les unes par rapport aux autres pour obtenir un port naturel et harmonieux. Disposées comme les doigts d’une main, les branches les plus longues s’étalent en plateau ; les plus courtes légèrement plus hautes se placent en arrière pour donner du volume. La technique est impeccable, le résultat indiscutable.
Ce souci du geste juste, de la soumission du geste au but poursuivi, Chiharu Imai le développe aussi avec beaucoup de finesse sur son second arbre de démonstration : un immense sylvestre penché. Avec une concentration extrême, l’artiste met en place, puis retouche, se recule et retouche... Jusqu’à limiter ses interventions à des mouvements de quelques petits millimètres, corrigeant des angles de quelques degrés.
Dans un silence respectueux, le public observe, le temps s’allonge. Les mains travaillent lentement, précisément, sans qu’un mot ne soit prononcé. Les branches prennent leur place avec un port d’un naturel désarçonnant : la main à peine retirée, on en oublie l’intervention de l’homme. Alors, la nature s’exprime en force.

La raison du geste
C’est au terme d’une longue journée de travail et d’instants d’apesanteur, après une cigarette dégustée avec apaisement, que le maître nous rejoint, Mayumi Matsuo (l’interprète) et moi, au pied de cet arbre dont le travail entamé fait ressortir les premières lignes magnifiques.
Nous revenons donc sur les grands moments de sa démonstration en commençant par essayer de comprendre ce qui lui a été le plus difficile. M. Imai explique à propos du premier arbre que contrairement à ce que l’on peut penser, le plus difficile n'est pas la grosse torsion de tronc qu’il a exécutée, pour rapprocher la végétation et compacter l'arbre : « Travailler avec un tord-tronc n’est pas si difficile. » La vraie question est « jusqu'où doit-on travailler, jusqu'où doit-on montrer ? Qu'est-ce qui est bon pour la démonstration, et ce qui est bon pour l'arbre ?»
Entre spectacle et pédagogie, il n’a pas hésité : il a préservé l’arbre, avec beaucoup de respect, et a donc renoncé à terminer la mise en forme.

La nécessité de connaître
Sans omettre pour autant d’expliquer comment l’arbre aurait dû être préparé. Il revient sur la leçon faite à propos du désaiguillage, le hazukuri, afin de stimuler l'éclosion des bourgeons latents en arrière de la végétation, et obtenir une ramification plus dense : "Peut-être que [les européens] ne connaissent pas la raison du geste. Par exemple, le hazukuri a une raison : on ne laisse pas pousser l'arbre longtemps sans le ramifier ; ce n'est pas bon pour faire un bonsaï. Si l'on connait la raison, on le fait naturellement ». Il met ainsi l’accent sur la nécessité de connaître la technique, mais aussi la raison qui la sous-tend. Pour lui, après reprise des racines, un prélèvement doit être suivi d’un désaiguillage régulier pour stimuler le bourgeonnement. Au risque, sinon, de voir ses branches « filer » dans la longueur et se dénuder.
De même, à propos de sa deuxième démonstration, alors que je partage l’émotion ressentie en l’observant, il explique sa démarche entre technique et esthétique. Il est nécessaire de se donner le temps de travailler chaque branche individuellement, l’une par rapport aux autres, quand elles sont encore malléables, car avec le vieillissement, il ne sera plus possible de les travailler si finement et elles garderont un aspect grossier. De plus, il est important aujourd'hui que l'arbre soit déjà beau; et comme les branches y sont pour le moment encore très visibles, il faut s'appliquer, même si plus tard la végétation couvrira partiellement ces branches.

C’est une question d’impatience
Je lui fais remarquer qu’en l’observant, on a l’impression que l’insistance de ses gestes cherche autre chose, il répond avec un sourire « Il faut chercher la beauté esthétique : là où est la beauté de l'arbre. »
À entendre ce souci, on ne s’étonnera pas que l’esthète soit membre de la Nippon Bonsaï Sakka Kyookai dont les valeurs sont la tradition, l’étude de l’esthétique et des techniques horticoles, autant que l’art de l’exposition. C’est d’ailleurs lors de la Sakka-ten, l’exposition de la branche européenne de l’association, en 2012 à Peñiscola (Espagne), que M. Imai est invité à intervenir. Il n’est pas tout à fait inconnu dans ce pays puisqu’il y a enseigné dès 2007 à Benicarló (Castellón) dans ce qui fut une école.
J’en profite pour lui demander ce qu’il trouve le plus difficile dans l’enseignement du bonsaï aux Européens «Ce n’est pas une question de difficulté, mais d’impatience. Les Européens doivent beaucoup apprendre et parfois je parle d'un arbre en le regardant comme il sera dans dix ans. Celui qui n'a pas l’habitude de voir des arbres grandir sur plusieurs années ne peut pas suivre ce que je dis. Je le comprends, mais c'est frustrant».

Enseigner les bases
M. Imai revient plusieurs fois sur son envie de revenir aux bases, d’enseigner les fondamentaux : « En général, les Européens se concentrent sur des détails et sur des techniques avancées. Mais ils manquent de pratique sur des choses basiques ; j'aimerais leur montrer et leur apprendre cela.» En particulier, il remarque dans un rire gêné qu’en Europe, nous avons « le geste grossier » ; il manque de finesse, il est approximatif.
Il s’étonne aussi de voir que la manière d'avoir du plaisir avec le bonsaï est différente d’avec celle de sa patrie. Par exemple, explique-t-il, s'il coupe beaucoup de branches sur un arbre, les participants rigolent ici. Cela n'existe pas au Japon : les gens restent sérieux. Ils vont surtout poser plus de questions sur le « pourquoi » il faut couper la branche, alors qu'en Europe, les gens ne réagissent pas vraiment, ne cherchent pas à comprendre ce qu'il y a au-delà du geste.
« Le geste grossier »... parce que peut-être il lui manque le sens, il n’est pas habité d’une intention. Nous y sommes à nouveau : la raison du geste.
Aujourd’hui, contraint de ne pas quitter sa pépinière trop longtemps, Chiharu Imai a renoncé à enseigner dans l’école de Benicarló et se concentre sur le suivi de ses élèves d’alors. Beaucoup sont professionnels et l’invitent à visiter leurs pépinières pour prendre conseils et enseignements.

Les professionnels doivent travailler davantage
C’est d’ailleurs ce souci que notre ami partage en fin d’interview. Alors que je lui demande, s’il pense qu’en Europe nous aurons un jour des arbres aussi beaux que chez lui, il rétorque sans hésiter, une réponse formulée il y a longtemps déjà : « Oui. Mais seulement à condition que les professionnels européens améliorent leur niveau. » La réponse me désarçonne ; il développe. Il trouve que les Européens s'occupent beaucoup des côtés mental, esthétique, presque philosophique du bonsaï ; il cite le wabi sabi. S'il s'en réjouit, Chiharu Imai met en garde : si l’on ne s'occupe que de cela, le niveau de l'arbre ne peut pas évoluer. Pour améliorer un arbre, il faut affiner sa technique, améliorer la culture – dans le sens horticole du terme. « C'est important de faire cela d'abord ; plutôt que de cogiter ».
Le maître du jour conclut, en se répétant : « J'aimerais vraiment insister sur une chose ! Les professionnels doivent travailler davantage que maintenant. Ils ne travaillent pas assez. »

Comprendre la technique du geste
Avec compréhension, M. Imai refuse d'être trop exigeant avec les amateurs qui « font ce qu'ils peuvent », et explique que les professionnels doivent être des modèles pour les amateurs. Il remarque que parfois, le commerce du bonsaï se limite à la revente de produits d’importation et que des yamadori à peine prélevés sont revendus sans avoir bénéficié des soins qui les préparent à être du bon matériel pour les premières mises en forme. Poliment, le Japonais admet que certains travaillent bien, mais remarque aussi que ce n’est pas toujours le cas.
Pour nous tous, professionnels et amateurs européens, peu habitués à observer le geste, plus friands de règles ou d’explications théoriques, M. Imai nous incite à observer et à nous imprégner du geste, d’en comprendre la technique, la finesse, mais surtout le but. Le « pourquoi » qui se cache derrière le geste de l’artisan. La raison.

Mais pas celle de Descartes.


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Pour l'article en PDF: contactez-moi en indiquant votre adresse email.



dimanche 24 mars 2013

La Sakka Ten de Chiharu Imai

En préparant ma prochaine interview de M. Chiharu Imai, mes recherches m'ont fait croiser cette belle vidéo de son travail à la Sakka Ten 2012, à Peniscola en Espagne.

Sur scène, M. Imai travaille en parallèle un pin sylvestre et un grand genévrier, tous deux promis à un bel avenir.

Il me tarde de mieux connaitre ce jeune maître (il enseigne en Espagne) dont certains au Japon considère qu'il est un des plus talentueux professionnels de la nouvelle génération.

A suivre.




Robert Steven: Pour lui, les règles c'est du chinois !

L'occasion m'a été donnée d'interviewer, cet hiver, Robert Steven, artiste bonsaïka indonésien. L'article original est à découvrir avec les photos dans le n°63 d'Esprit-Bonsaï.

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Robert Steven
Pour lui, les règles c'est du chinois !


Robert Steven est Indonésien. Ses arbres sont uniques, expressifs. L’artiste est libre, s’est affranchi des règles pour créer sa propre expression, qu’il défend.

Robert Steven, c’est pour moi un parfait inconnu que je m’apprête à rencontrer, en janvier dernier, dans le cadre bourdonnant du Noelanders Trophy, en Belgique. De ce que j’ai vu de son travail, me frappent l’expressivité de ses arbres et un langage différent. De ce qu’on m’a dit, il serait « plus chinois que japonais »; qu’est-ce à dire? Il habite Jakarta, Indonésie. Pourquoi a-t-il accepté cette interview ? Pour son ego, par politesse, pour son marketing ? Parce que le marketing, l’homme s’y connaît ; c’est son métier. Tiens, c’est la première question que je lui poserai...
Le voilà, assis, à attendre un thé. Spontanément nous nous présentons : avec un grand sourire, le petit homme se lève. Oui, c’est ma première image de Robert Steven, un homme petit en taille qui rayonne la bonhomie, la gentillesse. Il est un peu timide ; à vrai dire, je le sens nerveux ; autant que moi.
Rapidement, on parle de ce que j’ai vu sur son site internet, de la manière dont m’ont parlé ses arbres. Et sans vraiment le réaliser, nous sommes déjà dans l’interview.

Il craint les contraintes
À ma première question, Robert clarifie et c’est important pour lui : il n’est pas un professionnel du bonsaï. Son activité doit rester indépendante ; des lois du marché, du diktat des expositions, des tendances. Il craint de devoir se soumettre à ces contraintes, s’il devait vivre de son art.
Le ton est donné : la liberté de penser et la liberté de faire seront le cœur de ses propos. Il le revendiquera à plusieurs reprises. Alors que le temps de la sympathie glisse vers celui de la connivence, il lâche : « tu sais, souvent on dit que je suis un “hors-la-loi“ dans le bonsaï. Je suis un peu rebelle... », et de ponctuer avec le grand sourire mi-gêné mi-assumé d’un enfant frondeur, finalement fier d’avoir été pris sur le fait.
Nous y voilà : les règles. C’est ce que l’homme me racontera ; de mille manières. Les règles qu’il a cherchées, celles qu’on lui a servies, celles qui l’ont rebuté, celles qu’il s’est établi, mais aussi celles qui ont failli le faire arrêter.
Oui, Robert Steven a failli ne jamais devenir le bonsaïka qu’il est. Il y a trente ans, à la découverte de « ces petits arbres dans la montagne », il s’intéresse aux bonsaïs en autodidacte « juste parce que j’aime ça », « juste pour le plaisir », parce qu’il les trouve beaux.
Avec une formation dans les arts graphiques, il explique une approche purement esthétique. Mais après cinq années de pratique, se rapprochant du club local, il est sur le point de tout envoyer par dessus bord.

Par la patrie du bonsaï
Frustré, l’homme ne se sent pas dans son élément. Il souffre, cherche, se cogne ; il ne comprend pas. Ce que ses mains produisent, son cœur l’aime. Mais sous le feu des critiques, il défait et refait... selon les règles. Cent fois. Mais le résultat ne lui plaît pas. Il ne se sent pas en phase avec... les règles. La passion s’épuise, l’incompréhension le ronge, la lassitude aura raison de ses arbres.
Mais le destin de Robert passera par la patrie des bonsaïs. À la source, il trouvera la Voie. Et c’est par son club de bonsaï, qui le désespère alors, que le prétexte vient à lui. À l’organisation d’un voyage thématique pour bonsaïka passionnés – comme il s’en organise tant au Japon –, il manque un interprète. C’est très naturellement que le président se tourne vers Robert, pour les accompagner... en Chine.
Fruit métissé de l’Indonésie et de la Chine, Robert parle parfaitement la langue, mais surtout est imprégné de la culture de l’ancien Empire, où réside une bonne partie de sa famille. C’est là-bas que la rencontre de Robert Steven et du bonsaï aura lieu. « Un moment qui fut une illumination pour moi » dans ce qu’il décrit comme le berceau de cet Art, rappelant opportunément, mais sans fanfaronnerie aucune, que le Japon n’en a été qu’un nouvel interprète, certes excellent, et un très bon exportateur, vers l’Occident dans l’après- guerre, mais aussi dans toute l’Asie du Sud-Est.

Fi des règles !
En Chine, pays alors fermé, sous un joug poli- tique autoritaire et peu enclin à la conservation et au partage de ses traditions, le jeune Steven découvre une approche différente. « En Chine, ils ne vous apprennent pas des règles, mais ce que j’appellerais des points de vue esthétiques. Et c’est ce que je cherchais, ce que j’essayais de faire ». On y parle « expressivité », « élégance », « authenticité », on veut faire parler les arbres, et faire ressentir les humains...
De retour, Robert se remet au travail, il remet en forme tous ses arbres. Fi des règles ! Qu’elles soient japonaises ou indonésiennes ! L’artiste s’exprime, écoute son intuition, retourne en Chine, s’inspire d’artistes locaux, reprend son ouvrage, corrige ; puis digresse, et, à défaut de règles esthétiques, il cherche dans les arts graphiques – « j’ai ressorti mes livres de peinture et de sculpture » – , il éduque sa sensibilité esthétique. Il reprend toutes les règles de deux points de vue : les principes esthétiques et les pratiques horticoles. « J’ai modifié tous mes arbres. Je suis entré dans un nouveau karma. »
Autour de lui, on rit, on critique, « on pensait que j’étais fou », on se désole de le voir “abîmer“ ses arbres, on fait la liste exhaustive des violations des... règles. Mais l’artiste ne bronche pas, il continue, s’enferre ; il sait, lui, que c’est sa Voie. Que les arbres lui donneront raison...

Vers la révélation
C’est dans la durée, celle de la maturation, que la révélation s’opère : « Il m’a fallu presque six ans pour faire comprendre aux gens ce que je faisais ».
Les sarcasmes se font moins bruyants devant les arbres de Robert. On ne comprend pas, mais on est touché. Ses arbres sont beaux, ces arbres expriment, ces arbres envoûtent. À l’encontre de ces fameuses règles, des images lustrées des catalogues d’exposition japonais. « Ils me disaient : “[tes arbres] sont jolis, mais ils ne sont pas justes, ils ne respectent pas les règles. Pourquoi tu fais cela ?“ ». Mais, si malgré tout l’arbre rayonne d’empathie et émeut son spectateur...
C’est en voulant expliquer d’abord par des articles que Robert finalement sort son premier livre Vision of my Soul. Les nouvelles générations en particulier, elles qui n’ont pas les références sur lesquelles prendre appui dans leur travail, lui disent se sentir plus à l’aise avec ses enseignements qu’avec ceux venant du Japon, car ils « expliquent davantage le “pourquoi“ que le “comment“ ».

Trois mots pour guide
Robert m’explique qu’en Chine, le bonsaï est guidé par trois mots. Je me redresse sur ma chaise, curieux, attentif : nous entrons dans le sanctuaire... « zhen - shan - mei ». Le premier – zhen [zeun] – exprime « l’authenticité, ce qui est honnête, ce qui est l’expression de soi ». Le deuxième – shan [san] – « est ce qui transmet quelque chose de positif aux gens, ce qui fait ressentir une émotion ». Le dernier – mei [meï] – est simplement « ce qui est beau, élégant, ce qui plaît ». Robert précise qu’une œuvre de qualité réunit les trois éléments.
Au « zhen - shan - mei », je ne peux éviter d’apposer le « shin - gyo - so », fondation des arts nippons, décliné dans nombre de pratiques sur nos arbres. La résonance est forte mais, rapidement, la discussion avec Robert renoue avec la quête de l’artiste qui s’est affranchi des règles dirigistes et peu nuancées, rassurantes quand on débute.
Son travail s’oriente exclusivement vers l’ex- pression ; celle du bonsaïka, celle de l’arbre. Sur ce chemin, les règles japonaises que nous recevons en Occident sont les seules auxquelles nous avons accès ; c’est vers elles que nous nous tournons comme étant celles de l’origine, la source.

Il existe d’autres règles
Ces règles, fabriquées au Japon, sont empreintes d’une longue histoire et d’une culture forte, insulaire, issue d’une société encore «récemment» féodale. Robert Steven nous dit que ces règles ne sont pas les seules, et qu’il en existe d’autres. C’est son message, ce pourquoi il ne vend aucun de ses arbres : il veut garder des preuves tangibles de ce qu’il s’applique à expliquer.
Observons donc ses arbres. On est immédiatement frappé par l’expression naturelle de leur posture. Manifestement, Robert sait malaxer la matière végétale jusqu’à en faire émaner une exaltation de la nature. Quand je lui demande si à son avis un arbre est réussi lorsqu’il permet au paysage de notre imaginaire d’y prendre forme, cadré qu’il est par l’arbre, il s’enthousiasme : « Exactement ! L’inspiration c’est la Nature».
Ces espaces vides dont certains, même Japo- nais, disent que la beauté est le siège de l’expression de la Nature, on les retrouve dans les arbres de Robert. Très expressifs, ces arbres mettent en scène    autant de « vides » que de « pleins ».

Un artiste au sang chinois
Cette transcendance de la nature, l’artiste en fait une quête qui l’éloigne des codes nippons. Dans ses explications, on décèle beaucoup de philosophie, d’empathie avec l’existence humaine et la Nature ; beaucoup de nuances à propos d’une culture dans laquelle « les Chinois sont moins concernés par la technique. Ils ne sont pas si stricts, si disciplinés. Ils sont vraiment libérés et recherchent la nuance ; la nuance esthétique ; la “mimique“ [sic] de l’arbre ». Ce jugement, Robert le sert sans... juger. À aucun moment, il ne cherche à confronter les deux cultures, à les mettre dos à dos. Il parle d’ailleurs avec beau- coup d’admiration des techniques japonaises ; techniques qui furent améliorées par la maestria ingénieuse japonaise.
Mais le bonsaïka regrette que trop souvent ce soit la technique qui soit exprimée et magnifiée. « Ils sont tellement disciplinés, ils en deviennent presque rigides», se hasarde-t-il un peu gêné. Il continue plutôt sur une différenciation entre « logique » et « rationalité » d’un côté; « sens », « abstraction » et « sentiment intérieur » de l’autre. En parlant de notre histoire européenne, empreinte du siècle des Lumières, qui mesure, analyse, ex- plique, il poursuit : « Tu ne peux pas faire cela avec un bonsaï; si tu deviens trop technique, trop logique, tout devient artificiel. »

Il explore le potentiel du matériel
Bien évidemment, l’homme a ses préférences, et il est évident qu’il s’inspire davantage du « penjing » chinois que du « bonsaï » japonais. Il confirme que ses inspirations, ses maîtres sont chinois ou sud-asiatiques. Robert précise que son but n’est pas de faire un bonsaï. « J’explore le potentiel du matériel pour devenir un arbre de petite taille. C’est cela que je fais ». Je comprends alors la part artistique de son travail, tout en le faisant confirmer qu’il utilise les techniques que les Japonais ont si bien perfectionnées. Il résume : « [ces techniques] sont les moyens pour obtenir un résultat final. Mais l’essence, c’est l’esthétique ».
Il poursuit cette idée quand il parle de ce qu’il a vu dans l’exposition, juste à côté de nous : « Techniquement, les bonsaïs que j’ai vus ici sont vrai- ment bons ; en particulier les conifères. Ils sont beaux. » L’homme hésite, un peu mal à l’aise... « Mais je dirais... J’ai vu des feuillus et je note que les Européens tendent à mettre en forme leurs feuillus comme des pins. » Il poursuit en excusant les auteurs malheureux qui apprennent des Japonais, « ... et les Japonais font beaucoup de pins. » Le regard fouillant ses souvenirs, il pour- suit : « Je ne vois pas le caractère des feuillus ». En se réjouissant d’entrevoir une solution, il nous invite, nous Occidentaux, à aller voir les grands vieux feuillus pour que nous puissions les dessiner : « De la Chine, de l’Asie, les Européens pour- raient apprendre à propos des feuillus. »

Le lever de l’Empire du Milieu
Finalement, alors que je lui demande sur le ton de la plaisanterie si je dois continuer à apprendre le japonais ou me mettre à l’indonésien, il éclate dans un grand rire : « Le chinois ! Il faut apprendre le chinois. » Plus sérieusement, il m’enjoint à reprendre ses mots et prédit : « Dans cinq à dix ans, on ne parlera que Chine. Pour tout, mais en particulier pour le bonsaï ! ».
Mais ne comprenons pas mal le message : Robert n’est pas impérialiste ; plutôt pragmatique. Il l’exprime en particulier lorsqu’il revient sur son enseignement, le décalage avec les règles établies et les questions de ses contradicteurs : « Je veux pouvoir expliquer comment je suis arrivé à un résultat, et pourquoi je l’ai fait. Tu ne peux pas dire si c’est juste ou faux. Tu peux prendre ce que je dis, mais si tu veux prendre les règles japonaises, tu es libre. »
Il nous l’avait dit : un rebelle ; avec authenticité, émotion et beauté comme seules lois.
« Zhen - Shan - Mei ».
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mercredi 21 novembre 2012

Lettre de maître

Lettre remise par M. Keizo Ando, lors de sa dernière session d'enseignement à la Scuola d'Arte Bonsaï en automne 2012, à ses élèves et diplômés.

(vous la retrouverez également publiée sur le forum de la Scuola d'Arte sur ParlonsBonsai.com. Photos prises par moi-même lors de diverses sessions à Genève)

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Chers élèves et instructeurs,

Cet automne termine mon engagement en Europe et, par conséquence, mon élève M. SHIGERU OTANI prendra ma place ce prochain printemps.

M. Shigeru Otani
élève de M. Keizō Andō et
successeur à son enseignement
à la Scuola d'Arte Bonsaï,
à Genève en septembre 2011
Je suis très heureux de vous avoir rencontré, très reconnaissant d’avoir pu partager avec vous ces moments agréables et je vous en remercie du fond du cœur.

Vous avez réussi à capter et vous imprégner de l’esprit et des valeurs de la Scuola d’Arte Bonsaï en Europe, gagnant de cette façon un temps précieux, et vous avez compris la culture du « partager » avec la Nature et le sens esthétique classique japonais.

Vous avez pu apprendre de façon correcte et complète tant la théorie  que la technique de la « voie du bonsaï » et cela a permis d’ouvrir votre esprit et votre capacité à créer des œuvres artistiques.

Le bonheur et le plaisir de pratiquer cet Art élèvent la valeur d’un beau bonsaï figeant en un instant une image de la nature qui continue à changer sans jamais s’arrêter.

Votre vie sera enrichie par ce travail, et, en conséquence, le bonsaï va devenir toujours plus proche. En poursuivant inlassablement et avec engagement sur cette voie, votre vie spirituelle sera aussi enrichie.


A vous qui avez étudié dans cette Ecole, je demande de transmettre ce que vous avez appris au plus grand nombre, de façon à ce qu’ils comprennent la beauté de créer des bonsaïs et la joie de pouvoir les transmettre aux générations futures.

J’espère que vous serez de ceux qui seront les fondements du Bonsaï Européen et que vous continuerez, jour après jour, à augmenter votre capacité à créer des bonsaïs, non seulement corrects, mais aussi beaux et raffinés. Vous pourrez, de cette façon, transmettre ces valeurs en les enseignant aux autres.

Je vous souhaite, du plus profond de mon cœur, prospérité et santé pour longtemps et je vous suis très reconnaissant pour les instants très riches et merveilleux que j’ai pu partager avec vous tous.

Merci
Keizō Andō



"Comme mon maître, Motosuke Hamano, regarde par dessus mes épaules,
je regarderai par dessus les vôtres. Prenez soin de vos arbres!"
Keizō Andō
(mots d'adieux, Genève, nov. 2012)

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jeudi 14 octobre 2010

Voix d'outre-tombe: Steve Lee laisse ses arbres orphelins


   Steve Lee - 1963-2010

Quelle point commun entre une star de hard-rock et un bonsaika? probablement aucun; sauf s'il est les deux à la fois. Steve Lee l'était. Ces arbres sont orphelins; sa famille; son groupe et ses fans aussi. Ceux qui, au Japon, s'amusent de sa "passion de vieux" ne riront plus de le voir partir si jeune: « Au Japon, ça fait rire nos fans. Ils considèrent que c'est un truc de vieux * ».

Et oui, Steve Lee un des suisses les plus célèbres, comme leader de "Gotthard", était aussi bonsaïka: « Je suis fan de bonsaïs. J'en cultive. Ça m'aide à prendre un break dans le monde frénétique du rock'n'roll. * »

Star, bonsaïka, suisse, et fauché par un (putain) de camion!

"Heaven" de Gotthard

Photos: Natural Arts 2009, et André Weigel
(* : Tribune de Genève, 29/09/2004)

dimanche 1 février 2009

Keizô Andô Sensei

Keizo Ando est né en 1937. A l’âge de 30 ans, il décide de pratiquer un hobby à côté du travail et de la famille, et entre dans le monde du Bonsaï.

En mai 1977, il est engagé dans le Jardin du Maître Motosuke Hamano, fameux dans tout le Japon pour sa technique. Ce grand Maître a porté l’âme du Bonsaï à la postérité, grâce à ses élèves qui sont ensuite devenus célèbres dans le monde entier. Il a été le fondateur de la Fédération des Ecoles Bonsaї Japonaises, fédération à laquelle la “Scuola d’Arte Bonsai” est jumelée.

En 1980, Mr. Ando devient Instructeur. Le style Bunjin est son préféré, bien qu’il excelle aussi dans les “kusamono” et dans les herbes d’accompagnement; le Maître est n° 1 dans le “mochikomi” au Japon. Grâce à lui, aujourd’hui, l’art du “kusamono” est reconnu comme celui du Bonsaï.

Le Maître Motosuke Hamano le choisit comme son assistant et Mr. Ando achève son apprentissage en suivant son Maître partout.

Devenu Instructeur de la Fédération des Ecoles Bonsaï Japonaises, il donne des cours gratuits dans le Jardin de Mr. Hamano jusq’au 1999, année durant laquelle, ayant fermé son entreprise typographique (ses deux fils n’ont pas voulu la reprendre) et après avoir trouvé un autre emploi pour tous ses employés, il quitte l’école après 19 années d’enseignement pendant lesquelles il a aidé Mr. Hideo Suzuki dans ses examens pour devenir professionnel.

Aujourd’hui, il continue à transmettre les enseignements de son Maître Hamano à ceux qui vont étudier dans son Jardin, soit 60 élèves, de cinq heures du matin, jusqu’à minuit.

Il a un Jardin et ses arbres ont été sélectionnés et primés dans les plus importantes expositions japonaises : Kokufu ten, Taikan ten et Ichiju ten. Ses arbres ont été présenté par lui même car il n’est pas commerçant et il n’est pas listé comme professionnels: il est juste un “Maître!”.

Mr. Ando a accepté de remplacer Mr. Hideo Suzuki, qui pour des raisons familiales ne peut plus venir en Europe pour enseigner à la “Scuola d’Arte Bonsai”, en nous promettant, pour le moment, une période de cinq années.

Il vient de terminer la session d’automne avec 18 cours en Italie, France, Allemagne et Suisse, et ses élèves occidentaux l’attendent avec impatience pour le prochain printemps

(le texte est de Maria Volontario; cette version française est corrigé par moi-même pour la Scuola d'Arte Bonsaï; l'image est de moi-même.)
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