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lundi 8 avril 2013

kintsukuroi, la valeur de la fêlure




Un bien joli mot qui exprime un art,  mais surtout nous enseigne une valeur bien éloignée de notre consumérisme ambiant:
donner de la valeur à ce qui est brisé.

Pour comprendre, il faut savoir qu'en Chine, puis au Japon, une pratique ancestrale consiste à utiliser de l'or ou de l'argent pour réparer des poteries. On peut donc voir (à défaut d'en trouver) des pots, qui dans un coin, qui sur un bord, exhibent des touches dorées ou argentées; sorte de plombages trahissant d'une ébréchure, d'une cassure, d'une fêlure.

Inutile de dire que ces pots anciens ont une valeur immense... mais pas seulement parce qu'ils sont anciens; pas seulement parce qu'ils sont chargés de quelques grammes d'un métal que l'humain a convenu de considérer comme monétairement précieux.
Mais parce qu'en se brisant, en portant cette cicatrice, ils portent l'attention de celle ou celui qui l'a réparé, l'a embelli, lui a donné une marque.

Ils racontent leur histoire, leur unicité et nous disent finalement que tout est au-delà d'un accident et d'une matérialité.

Ils montrent la force de vouloir exister malgré tout... dans la beauté.



kintsukuroi *
* (n.)(v.phr) "réparer avec de l'or"; l'art de réparer une poterie avec de l'or ou de l'argent et comprendre que l'objet devient plus beau d'avoir été brisé.


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mercredi 6 juin 2012

Kuzuya, petite et ancienne

Je ne suis pas fan de tenpai - on peut apparemment aussi parler de tenkeibutsu (voir) - je les trouve souvent un peu "kitch"; bien qu'il s'agisse d'ouvrages souvent magnifiques.
Je veux parler de ces minuscules sculptures, souvent en cuivre ou en bronze, qui sont utilisées à fin décorative, en accompagnement de suiseki, ou de bonsai.

Mais là! Je suis resté coi devant cette petite hutte !



Toute petite, de la taille d'un pouce, elle nous invite à entrer; pour peut-être prendre le temps d'un thé.



Son grand toit de chaume lui vaut le nom de kuzuya - hutte au toit de chaume.


Elle parait être en bronze; quelques délicates traces de vert-de-gris trahissent, dans les nervures de la toiture, une vieille oxydation qui rehausse sa belle patine.

Cette hutte serait l’œuvre d'un artiste du nom de Syuhou, portant sa signature sur le côté.


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dimanche 9 octobre 2011

Point focal et focale en exposition: Saulieu


Hier, je me suis retrouver une nouvelle fois sur le point d'entamer la visite d'une exposition de bonsaï. A Saulieu, en France.

Occupé à quelques achats de poteries et jeunes plants à travailler, c'est seulement alors qu'un public nombreux se presse dans les allées que je me lance dans une visite photographique... Autant dire que les conditions sont peu agréables: les nécessités des prises de vues ne s'accommodent que bien mal des spectateurs, tout occupés à leur lente et chaotique admiration...

Repoussant à plus tard ma tentative, et conscient que des amis ont déjà fait un passage "technique" (prise de vue frontale, "en pied" - si le terme s'applique aussi bien aux arbres qu'aux humains), je me lance une sorte de petit défi ludique:

Et si je documentais une visite plus "émotionnelle". Le but en serait de capturer le point focal de l'arbre; ou plutôt UN point focal.

En travaillant en gros plan, sur des angles de vues latéraux, ou contre-plongeant. Chercher la "signature" de l'arbre. Ce qui le rend unique; uniquement beau; uniquement reconnaissable.

Je me suis livré à ce jeu avec beaucoup de plaisir pour quelques clichés qui offre un autre regard sur cette très belle exposition bourguignonne.




































Pour des vues d'ensemble de l'exposition, 

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mercredi 1 décembre 2010

Goshin et Shogin (suite et réponse au faussaire)

"Phil écrit qu'il est un faussaire,
et qu'il a un faux air de faussaire:
Donc Phil n'est pas un faussaire."

Si Phil n'est pas un faussaire,
et qu'il écrit qu'il est un faussaire,
Phil est donc un faussaire, avec son faux air.

Donc...

Ohlala! C'est coton! Mais quel coton, Phil file-t-il?
C'est la confusion dans laquelle nous amène l'excellent article que Phil a écrit en référence à ma dernière publication "Goshin et Shogin". (nldr: excellent à part le fait qu'il publie les chef d'œuvres sur la mauvaise face... d'où son air de faux air)

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Tout cela me ramène à développer...
En filigrane, mon article posait la question de ce qu'est copie, imitation, inspiration... Sans pouvoir y répondre.

Les dernières nouvelles qui me sont parvenues de Michèle Corbihan (qui les tient de François Jecker) amènent un éclairage nouveau:

John Naka aurait donc créé 3 forêts similaires: la première qu'il a donnée à l'Arboretum de Washington, où elle s'expose actuellement. Elle a été créée dans les années 1950.

La seconde aurait été créée à Heidelberg à la fin des années 1980, et rachetée par Manfred Roth à la fermeture du Musée. C'est elle qui fut exposée à Mulhouse, ce mois d'octobre 2010.

Une troisième aurait été créée en Amérique latine. Les informations sur cette forêt manquent. Elle pourrait ne plus exister.

.....

Vraiment?
C'est donc avec l'hardiesse du Chevalier Colin (dit "Maillard"), l'opiniâtreté de l'inspecteur Colombo et la détermination de l'Ombudsman à la propriété intellectuelle que je me suis mis ce jour en quête de cette troisième forêt.

Existe-t-elle encore?
Comment retrouver sa trace sur cette planète si petite dans l'univers, mais si gigantesque pour y trouver un arbre précis? de taille réduite qui plus est!!!

En ce 1er décembre, c'est avec joie que je peux à tout le moins vous montrer à quoi ressemble celle qui pourrait bien être l'objet de ma quête:


En bon pisteur (merci Indiana...), je peux vous dire qu'elle fut photographiée:
- par "Dominus Vobiscum", le 14 février 2009,
- par "Dan-Tuyet Tham", le 18 octobre 2007, et
- par "Jesus F. Rodriguez", le 9 mars 2007.

Vous me direz: "MAIS OÙ? MAIS OÙ EST-ELLE?"
La réponse objective est, qu'avec certitude, je ne le sais pas!
Par contre, les trois personnes sus-mentionnées déclarent toutes l'avoir photographiée en Californie:
A "The Huntington Library, Art Collection and Botanic Gardens" à San Marino (Pasadena), CA.
Mais y est-elle encore?
 

Au terme de cette longue enquête (mais est-elle terminée?), nous pouvons donc rassembler les trois forêts ainsi:

Forêt "Goshin" de John Naka, (env.1950)
United States National Arboretum, Washington DC


Forêt de John Naka, (env.1990)
Manfred Roth (anc. Heidelberg Bonsaï Museum), Allemagne
(ici au Euro Top 30 à Mulhouse)

Forêt de John Naka, (date inconnue)
The Huntington Library, Art Collections, and Botanical Gardens, San Marino CA


Nous pouvons donc conclure qu'il n'y a ni copie ni plagiat, ni faussaire. Une question par contre subsiste: peut-on nommer toutes ces trois forêts "Goshin"? ou ce nom est-il réservé à la forêt exposée à Washington?
Mon humble avis est que cela ferait du sens de les distinguer, car nous saurions de quel bonsaï nous parlons, et les reconnaître par leur différences. (et de manière plus élégante que "Goshin I, II et III"... à quant la suite...?!?!)
D'ailleurs, pourquoi les deux autres forêts n'auraient-elles pas de nom?
Naka ne leur aurait-il pas fait cet honneur?



Pour finir, je vous livre quelques projets croisés lors de mon enquête, qui, eux, ne sont pas des œuvres de Naka, mais sont clairement d'inspiration directe.

Comme un faux air...


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lundi 29 novembre 2010

Goshin et Shogin

"Goshin" à Mulhouse!
Est-ce possible? la célèbre forêt de John Naka, crée vers 1950, aurait fait le voyage de l'Euro Top 30 organisé par François Jecker...
Même les meilleurs magazines paraissent rapporté cette incroyable nouvelle.

Et pourtant...

Faisons donc un petit jeu: celui des différences! Voici deux images de la fameuse forêt: combien y a-t-il de différences? Sont-ce deux forêts différentes? ou est-ce une seule et même forêt?



Un faussaire serait-il passer par là? 
Copier un Rembrandt ou un Picasso n'est certes pas facile... Mais pour cloner un bonsaï, il s'agit de se lever tôt! Un faussaire ne suffit plus; il en faut trois ou quatre générations...
En fait, les deux forêts auraient été créés par John Naka, ajoutant confusion et mystère. 

Mais en fin de compte, qu'est-ce qui distingue donc "l'originale" de la copie? Pour moi, certainement la position et l'expression de l'arbre principal - placé dans la plus pure tradition japonaise par John Naka. Ce dernier, bien qu'installé aux Etats-Unis d'Amérique, n'en restait probablement pas moins influencé par la longue tradition de son art. La forte perspective de l'originale, qui crée une magnifique tension  entre l'arbre principal et l'arbre de troisième plan, à sa gauche, n'a pas d'égal dans la très belle forêt de Manfred Roth.

Goshin! Quelle chef d'œuvre!

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